« Délaisse les grandes routes, prends les sentiers. » 

   Pythagore - 6ème siècle avant JC
Santiago 2016, la Vérité au coeur du Chemin
Mon périple vers Saint Jacques de Compostelle a débuté à Royan le 31 mai 2016.
Il s'est opéré en trois parties distinctes, avec un retour au bercail à la fin de chacune d'entre elles (voir la carte ci-dessous). 

La première partie s'est achevée juste après la frontière, à Irún, le 27 juin.

La deuxième partie,d'Irún à Bilbao, la plus éprouvante, a été effectuée du 11 au 20 août.

La troisième partie s'est déroulée du 1er au 26 septembre, pour moitié sur le Camino del Norte de Bilbao à Gijon, et pour l'autre moitié sur le Camino Francès, de León à Santiago.
J'ai en effet abandonné le Camino del Norte qui restait trop difficile, même après les Pyrénées, le 11 septembre pour rejoindre León, d'où je suis reparti le 14 au matin.

Je suis arrivé devant la cathédrale de Santiago 13 jours plus tard, le 26 septembre.   

La première et la deuxième moitié de cette troisième partie ont duré chacune 13 jours.
Bel équilibre n'est-ce pas ?

Les étapes quotidiennes ont été de 18 à 40 km, avec une moyenne de 25 kilomètres environ.

Le chemin du Nord était moins rude après Bilbao, à quelques exceptions près sur lesquellles je reviendrai au cours de mon récit. C'était chaque jour un paysage d'une beauté à couper le souffle,  tant au pays basque qu'en Cantabrie ou en Asturies, avec à plusieurs reprises des fêtes locales où l'on retrouve une culture populaire toujours très vivante et fière de sa spécificité régionale. Notamment, celle à laquelle nous avons assisté à Llanes était très émouvante avec la participation d'une grande partie de la population, plusieurs milliers de personnes en habits traditionnels, dansant et chantant dans les rues pendant des heures et des heures.                           
Les Étapes principales
Les Étapes de proximité
Rubriques

Bilan au 26 septembre

1247 kilomètres en 56 jours de marche

Bilan au 23 octobre

1334 kilomètres en 59 jours de marche
Carte sommaire de l'itinéraire pédestre.

Le trajet en pointillés entre Gijón - Camino del Norte - et León - Camino Francès - a été effectué en train.

Deux courtes vidéos en donnent un petit aperçu sur la page «Santander - Gijón».               

Le Camino Francès est plus facile, même si les altitudes atteintes sont bien plus élevées, jusqu'à 1.500 mètres à Foncebadón.
Il y a au «sud» beaucoup moins de dénivelés, alors qu'ils s'enchaînent au nord tous les 5 à 10 kms pour les étapes les plus «sportives».  
Face à la cathédrale de Santiago, Nadine, Frank, Viking, Sergio, Leonie et une camarade.
Début décembre, sur le Chemin de Compostelle entre La Mothe Saint-Héray et Melle, photo prise par mon fils Tristan au cours d'un entrainement pour 2017 !!
Tout a commencé en avril 2016 à la table d'un restaurant de Niort, le QG, Place de la Comédie, que je vous conseille vivement. J'étais en train d'y lire un reportage sur les voyages vers Saint-Jacques de Compostelle en attendant d'être servi.
J'ai alors réalisé, en un instant d'une émotion qui m'a totalement submergé, que je devais prendre ce chemin.
Ne m'en demandez pas plus, je serai bien incapable de vous répondre !

Je suis profondément sensible au message de Joshua de Nazareth qui a montré au genre humain qu'il pouvait se libérer de son comportement quasi animal si proche de celui du chimpanzé - voeu pieux toujours à l'ordre du jour 2.000 ans plus tard - pour se laisser envahir par l'Amour (Agapê et / ou Charis ?), la Bienveillance et la Fraternité.  En ce mois de mars 2017 où je procède à une mise à jour de ces lignes, je viens de découvrir un livre profondément bouleversant de Jean Marc Potdevin, « Les mots ne peuvent dire ce que j'ai vu » qui a connu un moment de grâce au sens chrétien du terme un beau matin au Puy sur le Chemin de Compostelle. Il empaquette certes son expérience dans un strict cadre catholique mais tout ce qu'il dit est en coïncidence avec l'indicibilité de l'expérience de Dieu selon ses termes, de l'illumination chez les Bouddhistes, d'une totale renaissance au Monde dans tous les cas. Je ne suis pas un praticien de l'expérimentation bouddhiste,  mais j'entretiens depuis très longtemps une sympathie avérée, au sens le plus fort du terme "sympathie", à l'endroit des tenants de l'école chinoise du Chán (1). Selon cette école, la pleine «réalisation» de l'humain s'opère par une «coïncidence silencieuse» dès lors que l'Homme ordinaire (vous et moi a priori), tout simplement, ne se camoufle plus sous les tonnes d'oripeaux fantasmagoriques qu'il croit constitutifs de sa personne et du monde extérieur. Notre ignorance, au sens de «ne pas vouloir Voir en Vérité», nous aveugle, et ce aussi longtemps que nous serons avides de prendre et de rejeter. Et c'est exactement ce que Jean-Marc Potdevin décrit à propos de son expérience et de ses conséquences.
31 mai au 27 juin
11 au 19 août
31 août au 4 septembre
5 au 11 septembre
14 au 26 septembre
1er & 2 août, puis les 25 & 26 aoùt, et enfin du 21 au 23 octobre
Il est né en Chine au 5ème siècle après Jésus-Christ. La légende voudrait qu’il y ait été introduit par un moine indien du nom de
Bodhidharma qui serait arrivé à Canton en 450.
   
      La spécificité de cette école, qui s'est développée essentiellement au 7ème siècle et a connu son apogée au 8ème siècle pourrait 
être résumée par l’injonction de Nietzsche « Deviens ce que tu es ».

Pour simplifier à l’extrême, dans la vision « standard » du bouddhisme nous serions des êtres humains ordinaires, imparfaits,
ayant la possibilité de sortir de cette condition grâce à des étapes progressives de purification jusqu’à parvenir à la félicité ultime
du nirvana,  ce mot sanskrit signifiant « extinction du souffle ». Une version postérieure, dite du Grand Véhicule, invite ceux qui
sont à même d’y parvenir à ne pas se vautrer égoïstement dans cette félicité nirvanienne, avant que l’ensemble de l’humanité n’y
accède également, objectif que doit s’assigner tout nouveau « nirvanisable ». Nous sommes là en parfaite cohésion avec le
christianisme, non ?  Cependant, cet idéal du bodhisattva (être d'éveil) ne parait pas totalement cohérent avec le fait que pour le
bouddhisme, à contrario de l'hindouisme, et entre autres du christianisme, l'âme individuelle n'existe pas, nous sommes tous en
Réalité « une multitude de reflets de la même lune dans l'eau».     

Le Chán, quant  à lui, nous invite à constater que nous sommes de toute éternité des êtres éveillés - bouddha signifie éveillé -
seulement aveuglés par notre ignorance, l’ignorance devant ici être comprise au sens anglais de ce mot, i.e. ne pas tenir compte
de, ignorer ce que nous sommes en Réalité.   

Les premiers patriarches du chán chinois ont été largement inspirés par l’école indienne Yogacara de Vasubandhu et Asanga
préconisant un enseignement graduel basé sur le postulat de l’existence de la seule conscience, cittamatra en sanskrit
(littéralement = il n’existe rien d’autre que la conscience), notre perception du monde extérieur étant illusoire.

A contrario, même si au sein de ces traditions les contraires sont loin d’être antagoniques, une école dite du Sud, s’est
développée plus tard en préconisant un enseignement pronant un éveil subit basé sur la réfutation de toute tentative de
substantialisation ou de qualification de quoi que ce soit, à la suite de Huineng (638-713), le sixième patriarche de la lignée
chinoise de cette école, et surtout de Shenhui, plus proches en cela de l’école indienne des madhyamikas de Nagarjuna.
Ces derniers ont brillamment sévi en Inde à partir du 2ème siècle avec deux leitmotivs :

1. Tout est vacuité : rien n’existe réellement, nos mondes intérieur et extérieur sont illusoires, mais attention la vacuité n’est
assurément pas à confondre avec le vide. Il s’agit là de laisser tomber tous les oripeaux constituant l’égo et la conscience
individualisée, de n’en rien garder qui puisse obscurcir la juste vision.

2. Cependant, substance et vacuité étant eux-mêmes des concepts dualistes, ne sont pas pertinents, non plus que n’importe
quel système aussi sophistiqué soit-il tentant d'expliciter « l’Ultime » qui restera à jamais inaccessible aux moyens
outrageusement limités de notre intelligence humaine. Une approche comparable existe dans le christianisme chez Grégoire
de Nazianze (329-390)* pour qui la véritable connaissance de Dieu découle de la méditation et d'une vie de prière, la raison
ne pouvant que partiellement rendre compte de cette réalité**. Ignace de Loyola n'en est pas loin non plus.

Les approches respectives de ces deux tendances du chán peuvent être illustrées par les quatrains que le 5ème patriarche
Hongjen avait demandé à ses disciples d’écrire pour exprimer au mieux leur vision :

           Shénxiù, moine érudit et assistant du patriarche, tenant de la tradition dite du nord, écrit un poème sur un mur : 
Illettré et simple cuisinier du monastère, Huineng se fait lire le poème, puis il y répond par ces vers qu'il demande à  un tiers
d'écrire à côté du précédent :
* Le texte de la troisième ligne était différent dans les 2 versions
   les plus anciennes du sutra de la plate-forme, celle de Tun-Huang (ci-contre =>)
   et une traduction en langage Tangut (Xixià) au 11ème siècle.
   Il signifie alors : « La nature de Buddha a toujours été immaculée ».
 
NB : les traductions ci-dessus sont un melting pot de celles de Yampolsky
        et Carré, avec un zeste de votre serviteur pour le choix de quelques mots du texte français.
 
 
** Nous pourrions illustrer l'indicibilité de l'expérience spirituelle par ce paragraphe d'Eric Emmanuel SHMITT dans son ouvrage remarquable, « La nuit de Feu » : « Les mots, ces pauvres mots, n'offrent pas la porte d'accès à ce que je vis. Ils ont été inventés pour décrire les objets, les pierres, les sentiments, des réalités humaines ou voisines des humains. Comment désigneraient-ils ce qui les dépasse ou ce qui les fonde ? Comment des termes finis exprimeraient-ils l'infini ? Comment les étiquettes du visible estampilleraient-elles l'invisible ? »
Cela s'applique, bien sûr, à tout ce que je viens de vous dire....
* Pour exemple, Grégoire de Nazianze disait : « C'est bien de parler de Dieu, c'est mieux de se purifier pour
  le connaître vraiment» .
Au XIIIème siècle, Maitre Eckhart a préconisé la même approche. Il y a là une passerelle intéressante entre christianisme et bouddhisme chán ou madhyamaka (voir plus haut). Les systématisations religieuses, quelles qu'elles soient, ne peuvent être que des préalables à l'expérimentation concrète de l'Indicible. Peu importe que la tradition spirituelle suivie soit chrétienne, gnostique, juive, bouddhiste, hindouiste, taoïste ou autre, dès lors qu'elle débouche sur une pratique concrète, une purification, un désencombrement, une mise à nu totale, une «vacuisation» telle celle du chán, seul moyen de s'éveiller, de connaître Dieu pour ceux qui préfèrent, de coïncider silencieusement avec cet Indicible, et peu importe qu'on lui fasse endosser ce substantif ou toute autre dénomination au gré des époques, des cultures et des lieux.

Beaucoup préfèrent un support culturellement et intellectuellement tangible pour eux afin de soutenir leur parcours mystique. C'est là le rôle des innombrables méthodes progressives, méthodes que nos subitistes appellent
upaya en sanskrit ou fang-pien en chinois, ce qui est généralement traduit par «moyens habiles». Quant à moi, je préfère le terme de « stratagèmes »,  de supports déclencheurs. Toutes les méthodes spirituelles encadrées par les «techniques» d'une tradition permettront  à ceux qui n'ont pas d'appétence pour la vacuité, de progresser plus ou moins rapidement, jusqu'au moment où se déclenchera - ou pas - en un instant, la connexion avec l'Indicible, in fine tout aussi subitement que nos subitistes....  C'est sans doute là la seule différence entre les approches dites de l'école du nord et de l'école du sud pour nos amis bouddhistes, à mon humble sens. Pour tous, peu importe que l'on emprunte un Chemin ou un autre  dès lors que le cheminement se fait en Vérité !  La Providence n'est pas un vain mot !

      « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures » Évangile selon saint Jean 14,1-6
« Les voies de Dieu sont impénétrables » Épître de Saint-Paul aux Romains 11, 33
« La présence au Présent est la seule dimension véritable du Temps. » 
 
Anonyme - Revue Être, Approches de la non-dualité - 2ème trimestre 1976